L'ENJEU AFRICAIN EST D'ABORD EUROPEEN!

Here below is an article written by Jean-Joseph Boillot, Economic Advisor on Emerging Countries at the CEPII Institute, Centre de recherche français dans le domaine de l'économie internationale.

"Le risque du sommet de l'Élysée est de voir resurgir la théorie du "pré carré", le discours sur les "intérêts stratégiques de la France", et de manquer l'essentiel: nous avons une chance unique avec ce continent de dessiner les contours d'un monde nouveau où les relations internationales ne sont plus le champ clos de l'affrontement entre puissances d'hier et d'aujourd'hui, mais celui d'un développement partagé adapté aux défis majeurs du XXIe siècle.

Les propositions françaises centrées essentiellement sur un plan d'actions bilatérales pour "mettre fin à l'érosion des positions commerciales françaises sur le continent africain" risquent fort d'aboutir à l'inverse: enfermer la France dans un pré carré dont elle ne se relèvera pas. Pourquoi? Pour deux raisons tout simplement:

1- Parce que l'enjeu africain est d'abord européen. On voit déjà se dessiner derrière le sommet de l'Élysée les vieilles rivalités du Congrès de Vienne, et notamment vis-à-vis de l'Allemagne, de l'Angleterre ou de l'Italie qui auraient dû être associés étroitement au sommet de Paris comme certaines voix africaines l'ont dit. Au nom de la défense des intérêts des entreprises françaises, l'Europe risque bien en effet de continuer à se défaire sur le continent africain comme elle le fait déjà en Chine ou ailleurs. Sur ces marchés, nos états se transforment en simples VRP de la rivalité de nos champions nationaux, et c'est une des principales raisons du délitement de l'Europe face à une mondialisation qui écartèle les intérêts nationaux des pays européens.

Or les lois de la mécanique sont implacables. Face à un continent qui va atteindre les deux milliards d'habitants en 2050, seule une Europe forte et unie aura les moyens de définir les conditions d'un jeu à somme positive. Et pour cela, les états doivent jouer le rôle de défenseur des intérêts collectifs, de régulateur des relations économiques et politiques à une échelle appropriée: l'Europe. Avec l'Afrique, l'Europe se trouve notamment face à quatre chantiers majeurs.

  • Une politique migratoire optimale, car des dizaines de millions d'Africains sont susceptibles de venir en Europe dans les prochaines décennies;
  • Une politique monétaire qui fasse de l'Euro et non du Franc CFA une monnaie de réserve des pays africains qui le souhaitent;
  • Une politique normative qui définisse les règles acceptables de la concurrence dans le domaine du travail, de l'environnement, des ressources naturelles etc.;
  • Enfin une politique de sécurité qui englobe tous les partenaires européens dans un partenariat équilibré avec l'Afrique ou la sécurité économique l'emporte sur la sécurité militaire. Les exemples du Mali ou de la Centrafrique sont là pour nous rappeler toutes les limites d'actions purement militaires et bilatérales.

2- La deuxième raison pour promouvoir un développement partagé tient en deux mots : Multilatéralisme et Gouvernance. Une étude récente sur les échanges économiques africains montre que l'essentiel des pays du monde sont désormais actifs sur le continent africain, et pas seulement la Chine qui ne compte que pour le 6e des échanges économiques de l'Afrique. Qu'il s'agisse de la Turquie, du Maroc, de la Malaisie, du Brésil, mais aussi de la Thaïlande ou de l'Indonésie etc. tous ont bien perçu que l'Afrique est le troisième géant du monde de demain, avec la Chine et l'Inde, sur lequel on ne peut pas faire l'impasse. Réussir en Afrique demain passera donc, non seulement par une saine concurrence au profit de l'Afrique, mais très largement aussi par des coopérations avec les états et les entreprises de ces pays en fonction des complémentarités de chacun. C'est la condition pour offrir à l'Afrique le meilleur des technologies, des innovations et des savoir-faire comme on l'a vu dans le cas du téléphone mobile. Là, les entreprises chinoises et indiennes ont donné un coup de pied dans un jeu trop longtemps fermé par de pseudo coopérations bilatérales. Et pour le bien finalement de France-Télécom qui a été obligé d'adapter son modèle économique, condition de sa survie à l'échelle mondiale.

Mais laissons aux entreprises françaises le soin de conduire leur business dans un environnement concurrentiel plutôt que de leur faire croire qu'elle pourrait bénéficier d'un bouclier étatique au nom des intérêts de la France. Car le risque ici ce serait de ne pas apporter à l'Afrique ce qui est la clé de sa sécurité : la réussite de son décollage. Or elle passe d'abord et avant tout par une bonne gouvernance, comme toute la jeunesse africaine l'appelle désormais de ses voeux. Or, ici, que de chemin à parcourir encore comme le montre le fait que la France ne soit toujours pas engagée dans le processus formel d'adhésion à l'initiative sur la transparence dans les industries et extractives (ITIE). Or il s'agit bien sûr d'un domaine essentiel pour l'Afrique, à côté de la formation de sa jeunesse. Sur les 115 grandes opérations de fusions-acquisitions qui ont eu lieu cette année en Afrique, pour un montant considérable de 26,6 milliards de dollars, 7 des 10 plus grosses transactions ont concerné les domaines de l'énergie, des mines et des infrastructures. La bonne gouvernance passe également par de véritables engagements sur la Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE) qui est une condition du développement équilibré de l'Afrique. Ou encore par le respect des engagements financiers liés au changement climatique. Nous en sommes loin. Voilà ce qu'on peut appeler un « Développement partagé ».

Let us hope that the EU-Africa Summit to be held in April 2014 in Brussels will provide the opportunity to reorient the role of the EU towards Africa.

Regional Economic Integration, Trade and Infrastructure’ has been identified as one of the priority areas of Joint Africa-EU Strategy. Nonetheless, progress on the issue has been disappointing, partly due to the repercussions of the Eurozone crisis, including the trend towards greater EU protectionism, but also to the fact that Africa has developed closer ties with other emerging economies, making it more difficult for the EU to establish and maintain privileged relations with the continent.

The upcoming EU-Africa Summit in April 2014 provides an opportunity for both partners to consider why so little progress has been achieved to date, and to revive the partnership by focusing on issues of mutual interest and added value. The recognition that the development of a strong African private sector could contribute to the continent’s development is gaining momentum in debates on African development and within African institutions. Reforms have positively altered the market and business environment, giving African economies greater macroeconomic and political stability, which in turn has incentivized increased domestic and foreign investment. The global economic crisis put these reforms to the test and demonstrated their success in reducing African economies’ vulnerability in a period that shocked most advanced economies. Furthermore, African economies have huge potential: abundant natural resources, growing middle classes, and an increasing pool of skilled and educated citizens. These provide solid bedrock from which African companies could enter the global marketplace.

The EU-Africa Partnership has the potential to serve as a platform where experiences and practices can be shared offering a way for the EU to support the African private sector to play a central role in the structural transformation of African economies.

 

 

 

 

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